19e colloque de l'AEDDHUM : de Gênes à Fukushima, perceptions et gestions du risque

Jeudi 15 mars, 10h00

Crises politiques

Président de panel : Carl Bouchard

La perception de la nouvelle magistrature française chez les pamphlétaires hostiles à la réforme judiciaire du chancelier Charles-Augustin de Maupeou (1771-1774)

Etienne De Sève, Histoire, UQÀM

La réforme du chancelier Maupeou (1771-1774) a constitué la plus importante tentative de restructuration étatique de la monarchie française à la veille de 1789. En tentant une refonte musclée du système judiciaire par un « coup d’autorité », le chancelier Maupeou a adopté une série de mesures importantes, notamment celle visant à exiler plusieurs officiers de justice français et à les remplacer par de nouveaux magistrats. Les décisions du chancelier ont suscité de vifs débats dans l’espace public et donné lieu à une importante production de pamphlets politiques de la part de partisans et d’opposants à la réforme du chancelier. La présente communication examinera les discours des publicistes dirigés contre la nouvelle magistrature française, un aspect qui n’a été que brièvement abordé par les historiens de la réforme. À travers les insultes et la calomnie, les pamphlétaires envisageaient un « risque » effrayant pour la France : celui de voir le pays sombrer dans l’anarchie politique.

« A défaut d’armes, nous nous efforcerons de rendre cette plume utile » : les idées de l’Action française durant la Grande Guerre (1914-1918)

Kevin Audet-Vallée, Histoire, Université de Montréal

S’étant imposée durant la Belle Époque comme l’unique garante du royalisme français et l’une des principales figures du nationalisme en France, suite au déclenchement de la Grande Guerre en août 1914, le mouvement politique l’Action française s’affirma comme l’un des principaux appuis idéologiques et intellectuels de l’Union sacrée. En plaçant l’urgence de la défense nationale contre l’envahisseur allemand au dessus de toute autre considération, elle rejoignait ainsi un ensemble sociopolitique qui, bien qu’hétéroclite, était presqu’unanimement républicain, et qu’elle avait combattu avec passion dans l’avant-guerre. La présentation que nous proposons jettera la lumière sur l’évolution du discours de ce mouvement néoroyaliste dans la période allant d’août 1914 à novembre 1918. Comme nous le verrons, si l’Action française fit primer dans les circonstances son nationalisme sur son royalisme, il n’en reste pas moins qu’une lecture systématique du quotidien qu’elle publiait démontre qu’on ne peut parler d’un abandon total de sa perspective antirépublicaine durant la Grande Guerre. Tant dans son discours sur les conditions d’une victoire française que sur les causes du conflit, et malgré la nécessité d’une unité nationale totale au plan social et politique, qu’elle défendait elle-même, l’Action française continua à faire le procès de la culture et des pratiques sociopolitiques républicaines.

« Si les femmes avaient une voie » : la paix et les relations internationales dans la revue féminine la Mère Éducatrice (1919-1934)

Marie-Michèle Doucet, Histoire, Université de Montréal

« Être femme et pacifiste pendant la Grande Guerre relève de l’impensable », voilà comment débute le texte de Colette Cosnier au sujet de la pacifiste française Louise Bodin. Nous pourrions reprendre cette phrase et affirmer qu’être femme et pacifiste pendant l’après-guerre relève également du risque. Risque d’être incomprise, risque d’être perçue comme une marginale cherchant à bouleverser les rôles sexués. Certes, la situation a changé après la guerre avec la montée d’un fort sentiment pacifiste au sein de la population française. Toutefois, si les femmes sont considérées comme naturellement pacifistes parce que mères, tous ne s’entendent pas sur la façon dont ces dernières doivent participer aux discussions sur la paix, sujet qui relève traditionnellement des affaires « masculines ». Contrairement à leurs consœurs britanniques ou américaines, les femmes françaises n’obtiennent pas le droit de vote après la Première Guerre mondiale et restent donc excluent des affaires politiques et internationales. Cela n’empêchera pas la création d’un mouvement de femmes pour la paix qui cherche à se faire entendre sur les questions des affaires internationales. Exclues de la sphère politique en raison de leur sexe, les femmes doivent se tourner vers d’autres moyens de revendiquer la paix. Durant cette période, les journaux et les revues adressés aux femmes deviennent donc des domaines d’actions politiques à l’intérieur desquels les femmes peuvent échanger et dialoguer entre elles. À partir d’une analyse de la revue féminine et pacifiste La Mère éducatrice, nous nous intéresserons à la façon dont ces femmes perçoivent, et jusqu’à un certain point participe, aux affaires mondiales. Cette présentation viendra donc nuancer une historiographie liant de façon trop stricte l’action politique et le droit de vote en s’intéressant à la « prise de parole » des femmes au sujet des affaires internationales.

La stratégie et la réponse de l'État byzantin au danger d'extinction lors du VIIIe siècle, réformes, conquêtes et renouveau politique

Vincent Tremblay, Histoire, Université de Sherbrooke

La crise iconoclaste, qui sévit à Byzance aux VIIIe-IXe siècles, suivit une période de troubles militaires et de coups d’État sans précédent dans la jeune histoire byzantine. Qui plus est, la doctrine et la philosophie de l’honneur accordé aux images sacrées, dont le culte date du VIe siècle, donnaient lieu à des frictions entre les Iconoclastes, hostiles au culte, et les Iconodoules, défenseurs des images.
Les Empereurs byzantins, investis du césaropapisme, cette doctrine leur permettant le pouvoir temporel absolu et une mainmise sur le clergé, prirent position en faveur de l’Ancien Testament : comme les anciens païens honorant les statues des dieux du Panthéon, il est idolâtre d’honorer les images sacrés.
La période 717-787, à Byzance, donna lieu à d’actifs débats sur le rôle des images, mais aussi à la légitimité impériale. En effet, l’Empire byzantin, mis à mal par les défaites militaires, plus fragile que jamais, et son gouvernement fut contesté par plusieurs.
La stabilité politique et religieuse de l’empire dans une période aussi difficile  sur la scène intérieure et extérieure n’est due qu’à la politique audacieuse des Empereurs Léon III et Constantin V.
Il serait ainsi intéressant d’étudier la politique de ces Empereurs byzantins, afin de déterminer comment le risque d’une révolte religieuse ou militaire à grande échelle, la mort des relations Rome-Constantinople, la chute de la légitimité impériale et le danger militaire arabe et slave fut géré avec un brio tel que l’iconoclaste permit à Byzance d’entrer définitivement dans sa période médiévale.