19e colloque de l'AEDDHUM : de Gênes à Fukushima, perceptions et gestions du risque

Vendredi 16 mars, 10h30

Progrès et catastrophes

Président de panel : François Furstenberg

Le risque social et sa gestion par les entreprises transnationales

Mathieu Hamelin, Études internationales, Université de Montréal

La globalisation offre aux entreprises de nouvelles possibilités en termes de production et de marché, mais elle augmente aussi la quantité et la complexité de risques à gérer. En plus des risques traditionnels (compétitifs, macro-économiques, technologiques, politiques), un autre type de menace mérite de plus en plus l’attention des gestionnaires. Il s’agit du risque social, c’est-à-dire le risque que des enjeux sociaux engendrent une situation de crise (boycotts, scandales, poursuites) et causent des dommages à la réputation et à l’image de marque. Les nouvelles technologies, la vigueur du mouvement anti-globalisation et la montée des « réseaux transnationaux d’activistes » contribuent à augmenter les sources de contestation. À partir des années ’90, le débat sur les « sweatshops » a fait réaliser aux entreprises comme Nike et Adidas qu’elles étaient vulnérables aux attaques et que leur prospérité dépendait largement de leur légitimité sociale. Leurs activités sont maintenant scrutées à la loupe par les ONG, les organisations internationales et les consommateurs. Elles ont alors entrepris de gérer ce risque à l’aide de codes de conduite, d’audits sociaux et diverses pratiques de responsabilité sociale. C’est ce phénomène que nous proposons d’expliquer dans cette communication. Pour ce faire, il est utile de dépasser la perspective managériale et de porter un regard sur la nouvelle gouvernance mondiale, marquée par l’influence grandissante des acteurs non gouvernementaux et par l’émergence de normes sociales et environnementales

De ville prestigieuse à ville négligée : l’histoire de la Nouvelle-Orléans à travers trois désastres

Gabriel Seguin, Histoire, UQÀM

Suite à la dévastation de la Nouvelle-Orléans par l’ouragan Katrina en août 2005, de nombreuses critiques furent dirigées envers l’administration de George W. Bush, l’accusant d’indifférence, voire de racisme face à la souffrance de la population noire défavorisée prise au piège suite à l’inondation causée par la défaillance des digues.  Selon nombre d’intellectuels tels que le sociologue Michael Eric Dyson, la composition démographique de cette ville – une population majoritairement noire possédant un revenu et une éducation inférieurs à la moyenne nationale – explique la réponse fortement inadéquate de Washington.  Une étude historique de trois grands désastres naturels ayant affecté la Nouvelle-Orléans, soit les inondations du fleuve Mississippi en 1927, l’ouragan Betsy en 1965 et l’ouragan Katrina, nous révèle cependant que les efforts gouvernementaux visant à prévenir et guérir les désastres affligeant cette ville reflètent l’évolution de son importance politique plutôt qu’uniquement sa composition démographique.  Ville du Sud influente jusqu’à son apogée dans les années 1960, la Nouvelle-Orléans connut ensuite un déclin continu et significatif.  Ayant bénéficié de la présence d’une élite locale puissante en 1927 et de la sympathie du président Lyndon Johnson pour les Afro-Américains dans le contexte des Droits Civiques suite à l’ouragan de 1965, la Nouvelle-Orléans, depuis longtemps, n’attirait plus l’attention de Washington lorsque Katrina sévit.  Ainsi, plutôt que de nous inciter à simplement étiqueter de racisme l’administration Bush, l’étude de Katrina doit plutôt nous amener à analyser le déclin de cette ville depuis les années 1970 et son implication pour la sécurité de la ville.

Le fallacieux du « risque existentiel »

Monica Emond, Science politique, UQÀM

Leaving people to die is an unacceptable solution.
Nick Bostrom, «A Transhumanist FAQ»


Le risque existentiel est une expression que l’on entend de plus en plus souvent lorsqu’il est question des potentialités des nouvelles technologies et plus particulièrement du développement des biotechnologies. Cette crainte quant à l’éventualité de la disparition de l’espèce humaine n’est pourtant pas nouvelle. De fait, la mise au point de l’arme atomique dans les années 1940 et son utilisation contre le Japon en 1945 avaient déjà éveillé chez plusieurs une conscience de la possible annihilation de l’humanité. Cette conférence sera l’occasion de nous interroger sur l’usage de la notion de risque existentiel comme rhétorique politique.